BOSC :                                                                                                                           

                  Comme Chaval, Bosc s'est un jour donné la mort. C'était prévisible, il était

encore plus neurasthénique. Il avait fait le Tonkin, pardon, l'Indochine, et en été revenu

dégoûté, ulcéré, et assez gravement malade, à jamais affaibli.                                          

                     Cela lui permit d'apprendre à dessiner en autodidacte et de cracher sa haine de

       l'armée qui lui inspira des dessins d'une tonique virulence. Le soldat y est représenté comme

un mouton con et le gradé comme le grand chef des cons. De plus, l'effet de choc entre le

graphisme et l'exprimé est assez déroutant puisque Bosc pensait sauvagement alors qu'il

avait un trait indécis, presque mou, volontiers assez informe.                                            

                      De toute évidence, Bosc aurait dû devenir, s'il n'était pas mort trop tôt, une

des têtes d' affiche du magazine Hara Kiri. Son humour annonçait celui du journal qui

imposa dans les années 60 une nouvelle façon de voir et d'attaquer. Mais même s'il avait

vécu, peut-être ne l'aurait-on pas engagé à Hara Kiri où l'on n'aimait pas tellement les

précurseurs de l'humour féroce parce qu'on s'y vantait à tort, de l'avoir inventé.            

                                                                                                          Jacques Sternberg